La
Châtaigneraie - Centre wallon d'art
contemporain Fernand
Flausch
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14 mai - 31
juillet 2004
Exposition
ouverte du mardi au dimanche de 14 à 18
heures
(jeudi de 16 h à 18 heures)
A
l'instar d'Alain Denis à qui une expo a
été consacrée en 2003, Fernand
Flausch est de ces artistes liégeois dont la
carrière artistique est
particulièrement complète,
très personnel et un peu
atypique.
Fernand
Flausch a abordé différentes
techniques de création de la peinture au
travail sur l'éclairage en passant par la
sculpture.


FERNAND FLASH
L'INTRÉPIDE
Même
s'ils ont vu le jour au pays de la ligne claire,
certains iconolâtres peuvent ne point se
montrer insensibles à l'esthétique
ravageuse et aux couleurs excessives des "Comic
Books" venus tout droit de chez l'Oncle Sam et
trouver splendides ces dessins emplis de bruit et
de fureur, réceptacles d'un onirisme
délicieusement crapuleux. Ainsi, peuvent-ils
préférer à la houpette du
boy-scout Tintin le look et la démesure
d'autres Héros, tels les increvables
Superman, Batman, Iron Man, Spiderman (sans oublier
Wonder Woman) ou bien encore Atome Kid, Daredevil,
le Spectre, le Fantôme, Mandrake le Magicien,
Marvel et le Surfer d'Argent. À l'instar de
plusieurs générations de teenagers
d'Outre-Atlantique, ils boivent assurément
du petit milk-shake en s'envolant sur la
planète Mongo, pour y suivre haletants les
multiples épisodes de la lutte incessante de
Flash Gordon, Dale Arden et le docteur Zarkov
contre Ming l'implaclable. Fernand Flausch est de
ceux-là et ses images récentes
revisitent avec une irrésistible
jovialité picturale l'univers de cette
Science Fiction populaire comme est, ainsi qu'on le
prétend, la
liesse.
L'impénétrable
jungle palombienne ne ressemble assurément
plus à ce qu'elle fut, la docte Secotine
pourrait vous le confirmer. Dans le jaune intense
des crépuscules, les cieux s'y pigmentent de
noir, à l'instar des phanères des
curieux animaux ovipares, aussi charmants que
dangereux, à la puissance exceptionnellle et
à la queue démesurée propre
à tous usages (un peu comme "l'archibras" de
Charles Fourier), qu'elle y découvrit
pantoise il y a plus d'un demi-siècle. La
déforestation galopante y a permis la
spectaculaire édification de
mégalopoles insensées, dans
lesquelles l'existence s'avère plutôt
duraille et emplie d'incroyables menaces. Tout ce
qui les a construites peut les détruire et
elles ne persistent que grâce à la
vigilance, la force, la ruse, en un infatigable
combat pour la survie. Comme étrangers
à cet univers paroxysmique, Alex et Raymonde
semblent, comme tous les amoureux, seuls dans ce
monde hostile.
De colossaux
mammouths, avançant leur trompe
ingénieuse et flairant les souffles qui
s'élevent du tumulte, immobiles au point de
sembler des rocs de schiste, barrissent
formidablement dans la clarté cuivreuse,
pourpre ou cramoisie selon les phases des conflits.
Leur prévoyance et leur connaissance des
choses ont atteint leur apogée. Leur
expérience, guidée par une
mémoire tenace, nourrie par la
réflexion, possède de la
variété et de
l'envergure.
Car
l'homme n'est pas construit pour vivre autant de
saisons qu'un mammouth, et il est beaucoup plus
sujet à périr accidentellement : la
haine de ses semblables le menace, non seulement au
dehors, mais au sein de ses cités
mêmes. Languide, Raymonde apaise Alex ; sa
bouche est dans sa
bouche.
L'azur rugit.
Les escadrilles pilamiennes attaquent en force.
Leurs redoutables frelons offensifs,
extrêmement mobiles, hurlent de toutes leurs
tuyères. La milice est complètement
dépassée, surprise par cette
incursion totalement imprévue
déclenchée dès l'aube.
Même le fils de Dumbo ne sait s'il pourra
s'en tirer cette fois-ci. Comme un
dératé, Mandrake se rue vers le
Quartier Général, espérant
sauver ce qui peut l'être encore.
Étrangers aux escarmouches,
réfugiés dans leur bulle, Alex et
Raymonde palpitent. Leur désir monte comme
un félin
géant.
Les
stridences sont désormais de l'ordre de
l'insoutenable, à un point tel que
même les nuages perdent leurs rondeurs
bonhommes, se métamorphosant en
hypertéliques convulsions
acérées. Le ciel à la vapeur
tord ses bras de feu, lance au hasard ses
effrayants tentacules, ce qui fait vaciller sur
leurs bases les tours démesurées et
blasphémer les capitaines en déroute.
Dans le vacarme de réacteurs, de batteries
et de sirènes, la bataille échafaude
l'holocauste de cent mille civils
terrorisés. Les autoroutes flambent,
effroyablement défoncées, tordues,
furieuses, crachant leur goudron en colère.
Insensibles à la dérive ambiante,
Alex et Raymonde sont tout à leurs
roucoulades.
Qu'il dessine
allègrement, peigne hardiment, sculpte
ludiquement ou apprivoise savamment la
lumière, Fernand Flausch nous envoie dans
une époque improbable, dont la
"beauté convulsive" est
thermonucléaire. Pour apocalyptiques qu'ils
soient, ses délires éclatants sont
d'une gaieté plutôt communicative,
mêlant anticipation et clins d'il
référentiels à ses illustres
devanciers préférés,
maîtres du neuvième art. Des courants
lumineux et des fluides inconnus traversent en
trombe l'atmosphère électrique de ces
uvres frénétiquement
récréatives, comme constamment en
proie à un spasme universel. D'ailleurs,
Alex et Raymonde, se fichant éperdument de
lire ce texte, du temps comme de l'espace, du
quaternaire comme de l'an trois mille quarante,
s'embrassent à bouches folles, tels Mars et
Vénus enfin
réconciliés.
André
Stas
La
Châtaigneraie
- chataigneraie@belgacom.net
janvier 2004 - mise à jour : 12 mai 2004